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Les liens d’antériorité : les quatre types expliqués

Quatre types de liens couvrent tout ce qu’on peut relier dans un diagramme de Gantt. L’un d’eux fait environ quatre-vingt-dix pour cent du travail ; les trois autres existent pour les cas qu’il traite mal. Voici ce que chacun signifie, appliqué de bout en bout à un seul chantier, avec les deux points que la plupart des explications sautent : le décalage face à l’avance, et la marge totale face à la marge libre.

La rédaction gantts.appMis à jour le 19 juillet 202612 min de lecture

Sommaire
  1. Le chantier qui servira de fil rouge
  2. Fin-Début (FD) — celui que vous utiliserez
  3. Début-Début (DD) — les travaux qui avancent de front
  4. Fin-Fin (FF) — les travaux qui doivent atterrir ensemble
  5. Début-Fin (DF) — le type rare
  6. Les quatre types côte à côte
  7. Quand le mauvais type fait mentir le planning
  8. Décalage et avance — un décalage est une attente, pas une réserve
  9. Marge totale et marge libre ne sont pas le même chiffre
  10. Créer et modifier un lien dans gantts.app
Les quatre types de liens, tels qu’ils se comportent sur un planning :
Fin → DébutABB attend ADébut → DébutABB attend AFin → FinABB attend ADébut → FinABB attend A

Le chantier qui servira de fil rouge

Les schémas de liens sont faciles à approuver et difficiles à appliquer. Nous partirons donc d’un cas unique, auquel chacun des quatre types sera confronté : un marché de travaux de réhabilitation passé par les Ateliers Perrin, à Roubaix, pour remettre à niveau un plateau de production de 900 m². Maîtrise d’œuvre : le cabinet Lavandier ; conducteur de travaux : Thibaut Marchand. Lot sols et finitions, 128 000 €, avec des pénalités de retard de 850 € par jour calendaire au-delà de la réception contractuelle.

Six tâches, durées en jours ouvrés, mars–avril 2026. Aucun lien pour l’instant.

#TâcheDébutFinJours
1Démolition et reprise des supportslun 2 marsven 13 mars10
2Coulage de la chape fluidelun 16 marsven 20 mars5
3Pose du sol souple et finitionslun 23 marsven 3 avril10
4Rédaction du DOE et des noticeslun 16 marsven 3 avril15
5Formation des opérateurslun 23 marsven 27 mars5
6Maintien de la ligne actuelle en productionlun 2 marsven 3 avril25

Six barres posées les unes sous les autres : à ce stade, le planning ne dit rien de ce qui attend quoi. Il dit seulement où quelqu’un a décidé de placer les barres — et c’est exactement la différence que les liens vont rendre visible.

Une convention à poser tout de suite : les durées de travail se comptent en jours ouvrés, les délais imposés — séchage, recours, préavis — en jours calendaires. Mélanger les deux est la première cause d’écart entre un planning et un chantier.

Fin-Début (FD) — celui que vous utiliserez

La tâche B ne peut pas commencer avant que la tâche A soit terminée. On démolit, puis on coule. C’est le lien standard, celui que tout le monde interprète correctement du premier coup.

La tâche 2 est en FD après la tâche 1 : on ne coule pas une chape sur un support qu’on est encore en train de piquer. La tâche 3 est en FD après la tâche 2, parce qu’on ne colle pas un revêtement sur une chape qui n’existe pas. Cette chaîne — 1 → 2 → 3, dix jours ouvrés puis cinq puis dix — est la colonne vertébrale du chantier et c’est elle qui fixe la date de réception.

Le Fin-Début est le type par défaut dans tous les outils, et dans le doute c’est presque toujours le bon. Aller chercher un type exotique signale le plus souvent un mauvais découpage : une tâche qui exige un lien acrobatique est en général une tâche qu’il fallait couper en deux.

Début-Début (DD) — les travaux qui avancent de front

La tâche B ne peut pas commencer avant que la tâche A commence. Les deux tournent ensuite en parallèle.

Le DOE (tâche 4) est en DD après le coulage de la chape. Le projeteur a besoin que la chape soit engagée pour disposer des références de produits et des procès-verbaux à verser au dossier ; attendre la fin du coulage lui ferait perdre une semaine pour rien. Les deux démarrent donc le lundi 16 mars.

Employez le DD quand B n’attend que le démarrage de A. Le signe distinctif est un déclencheur commun, pas une échéance commune — le CSPS qui prend ses fonctions au démarrage effectif du lot, par exemple.

Fin-Fin (FF) — les travaux qui doivent atterrir ensemble

La tâche B ne peut pas se terminer avant que la tâche A se termine.

Le DOE possède aussi un lien FF vers la tâche 3 : il ne peut pas être remis tant que des finitions se posent encore, parce que chaque produit posé change une fiche du dossier. Il reste donc ouvert jusqu’au vendredi 3 avril — ouvert par le coulage, refermé par les finitions, ce qui est exactement la forme d’une activité d’accompagnement.

La recette qui ne peut pas s’achever avant les développements, la notice qui se clôt avec l’ouvrage, le contrôle qualité enroulé autour d’une phase : tout cela est du Fin-Fin. B peut démarrer quand il veut ; il ne peut simplement pas franchir la ligne d’arrivée en premier.

Début-Fin (DF) — le type rare

La tâche B ne peut pas se terminer avant que la tâche A commence. Cela se lit à l’envers, et beaucoup de planificateurs font toute leur carrière sans en poser un seul.

La tâche 6 est précisément le cas pour lequel il a été inventé. La ligne de production actuelle doit tourner jusqu’à ce que le plateau réhabilité soit mis en service : sa fin est accrochée au début de la remise en exploitation. Reliez-la en DF et la barre de maintien s’étire d’elle-même jusqu’à la date que prendra la mise en service, sans que personne ait à penser à la déplacer.

C’est le test : une relève, où la chose sortante s’arrête parce que la chose entrante démarre. Partout ailleurs, réordonner les deux tâches dit la même chose avec un simple Fin-Début, en beaucoup plus lisible.

Les quatre types côte à côte

TypeDéclencheur réelFréquenceL’erreur qu’il induit
FD
Fin → Début
Le produit de A est la matière de B — un support réceptionné, un plan visé, une chape sècheEnviron 90 % des liensPosé par préférence et non par contrainte, jusqu’à ce que toutes les dates soient figées
DD
Début → Début
Deux activités partagent un déclencheur, puis avancent ensembleCourant ; presque tout plan en contientNe réagit qu’au début du prédécesseur : si la fin de A glisse, B ne bouge pas
FF
Fin → Fin
Une activité enveloppante qui ne peut pas se clore avant ce qu’elle enveloppe — recette, DOE, visaOccasionnel, surtout pour l’accompagnementLe début de B reste libre, la tâche semble donc pouvoir commencer absurdement tôt
DF
Début → Fin
Une relève — l’ancien poste ou l’ancien système s’arrête parce que le nouveau démarreRare ; beaucoup de plans corrects n’en ont aucunUn Fin-Début écrit à l’envers, que les relecteurs comprennent de travers

Quand le mauvais type fait mentir le planning

Reprenons la tâche 5, la formation des opérateurs. Un planificateur la relie en DD après la tâche 3 : la formation démarre quand les finitions démarrent. À l’écran, tout paraît sain — les deux barres commencent le 23 mars, l’équipe est formée pour le 27 mars, largement avant la mise en service.

Puis le bureau de contrôle relève des défauts de planéité sur une partie du plateau. La tâche 3 passe de dix à quinze jours ouvrés et sa fin glisse du vendredi 3 avril au vendredi 10 avril.

  • Tâche 4 (DOE, FF) — bouge. Sa fin suit jusqu’au vendredi 10 avril. Correct.
  • Tâche 5 (formation, DD)ne bouge pas d’un jour. Le DD surveille le début du prédécesseur, et ce début n’a pas changé. Le planning continue d’annoncer une équipe formée le vendredi 27 mars.

Le diagramme n’est pas cassé : il répond exactement à la question qu’on lui a posée. Mais les opérateurs sont désormais formés sur un plateau où l’on posera encore du revêtement pendant quinze jours, et le planning affiche cette situation en vert. Le bon lien était FD après la tâche 3. Une lettre de travers a transformé un problème de deux semaines en absence de problème.

Détail qui n’en est pas un : le lundi de Pâques tombe le 6 avril 2026. Si ce jour férié est coché dans Calendrier, les quinze jours ouvrés ne se terminent pas le 10 mais le lundi 13 avril, et les pénalités courent à 850 € le jour calendaire. Un jour férié oublié coûte ici 2 550 €.

D’où le contrôle à faire avant de diffuser un planning : allongez d’une semaine la tâche la plus susceptible de déraper, et regardez ce qui a bougé. Tout ce que vous attendiez voir glisser et qui n’a pas glissé signale un type de lien erroné — repéré tant qu’il est encore gratuit à corriger.

Décalage et avance — un décalage est une attente, pas une réserve

Un décalage ajoute du temps d’attente à l’intérieur du lien. « FD + 7 jours » signifie que B démarre sept jours après la fin de A. Sur notre chantier, la pose du sol souple est en FD + 7 jours calendaires après le coulage : c’est le délai de séchage de la chape avant la pose d’un revêtement collé. Ce n’est ni négociable ni compressible — le liant prend au rythme du liant.

Fin → Début + DécalageADécalage 3dBB attend A + 3d
Le décalage est du temps d’attente engagé à l’intérieur du lien, pas de la place disponible autour.

La distinction jours ouvrés / jours calendaires devient ici décisive, et elle réclame une conversion que beaucoup escamotent. La chape se termine le vendredi 20 mars. Sept jours calendaires plus tard, on est le vendredi 27 mars ; la pose peut donc démarrer le lundi 30 mars. Mais le champ de décalage de gantts.app compte dans l’unité du planning : dès qu’un calendrier de travail est actif, il compte en jours ouvrés. Ces sept jours calendaires, qui enjambent un week-end, s’y saisissent donc comme 2FS+5d — cinq jours ouvrés — et non +7d. Saisir sept tout court repousserait le démarrage au mercredi 1er avril : deux jours de retard fabriqués par une unité mal convertie. Règle de conversion : posez la date à laquelle le délai réel expire, puis comptez les jours ouvrés qui vous en séparent. Sur un lot à 850 € de pénalité quotidienne, l’erreur inverse — trop peu de séchage — coûte bien davantage, puisqu’elle se solde par un revêtement à redéposer.

Ce que la plupart des gens confondent : un décalage n’est pas une marge. La marge est de la place que vous pouvez dépenser quand quelque chose dérape. Le décalage est du temps déjà engagé : le séchage d’une chape, les deux mois de délai de recours des tiers qui courent en jours calendaires à compter de l’affichage du permis de construire sur le terrain, les dix jours ouvrés d’instruction d’un bureau de contrôle. Personne ne « récupère » un décalage parce qu’il est en retard : la chape sèche le même nombre de jours quoi qu’il arrive. Rembourrer les liens avec du décalage parce qu’une tâche « pourrait » déraper fabrique une provision que personne ne sait retrouver ni arbitrer.

Une avance est un décalage négatif : « FD − 2 jours » fait chevaucher la fin de A et le début de B. Les avances compressent un planning — c’est le principe même de l’accélération par recouvrement des tâches — mais elles achètent du temps avec du risque. Un chevauchement qu’on n’a pas raisonné est une file d’attente de reprises : B se construit sur un A inachevé.

Les deux s’écrivent avec la même notation, laissée en anglais parce que c’est du code et non de la prose : 3FS+2d — ligne 3, finish to start c’est-à-dire Fin-Début, deux jours de décalage. C’est la forme que la colonne Après accepte dans gantts.app.

Marge totale et marge libre ne sont pas le même chiffre

Chaque tâche possède désormais une marge : le temps dont elle peut glisser avant de gêner quelque chose. Il en existe deux sortes, et les confondre coûte cher.

ABCMarge libreMarge totale
La marge totale appartient à la chaîne. La marge libre appartient à la tâche.

La marge totale est le retard qu’une tâche peut prendre avant que la date de fin du projet ne bouge. La marge libre est le retard qu’elle peut prendre avant que son propre successeur ne bouge. La marge libre n’est jamais la plus grande des deux, et c’est dans l’écart entre elles que se logent les ennuis.

La formation des opérateurs dispose de marge totale : la date de réception est tenue par la chaîne démolition → chape → finitions, pas par elle. Mais la marge totale est partagée : si trois tâches consécutives affichent chacune huit jours, il y a huit jours pour les trois, pas vingt-quatre. Un chef d’équipe qui ne lit que son propre chiffre et décale sa tâche d’une semaine vient de dépenser une réserve qui appartenait à toute la chaîne — et le suivant la découvrira à zéro.

Précision sur l’outil : gantts.app calcule et exploite la marge totale — c’est elle qui, à zéro, allume le chemin critique. Il n’affiche pas de colonne de marge libre. La distinction reste à faire de tête, et elle vaut la peine : sur une chaîne où plusieurs tâches se suivent, c’est la marge libre qui vous dit laquelle vous pouvez décaler sans prévenir personne, et la marge totale qui vous dit combien il en reste pour tout le monde.

A · 3B · 5C · 2D · 4Chemin critique: A → B → DMarge (C): 3Durée: 12
Une marge totale nulle définit le chemin critique : chaque jour de retard déplace la date de fin.

Une marge totale nulle est la définition même du chemin critique. Cochez Chemin critique dans gantts.app et cette chaîne s’affiche hachurée — la légende rappelle d’ailleurs que « hachuré = chemin critique ». C’est là que les types de liens doivent être justes, puisque c’est cette chaîne qui fixe la date de réception, et donc le déclenchement des pénalités. Pour aller plus loin sur le calcul lui-même, voyez le guide du chemin critique.

Créer et modifier un lien dans gantts.app

  1. Tirez d’une barre à l’autre. Attrapez le point situé au bord d’une barre, faites-le glisser sur la barre à relier, relâchez. Le lien est créé en Fin-Début, sans décalage.
  2. Ou saisissez-le au clavier. Dans la grille, la colonne Après accepte les prédécesseurs par numéro de ligne : 3, 2SS, 3FF, 3FS+2d, séparés par des virgules. C’est le moyen le plus rapide de relier un planning que vous venez d’importer avec ✨ Coller vers Gantt.
  3. Ou passez par le volet de la tâche. Cliquez une tâche et ouvrez Après (prédécesseurs). Chaque lien existant s’y modifie, et c’est là que se saisit le décalage de séchage de sept jours.
  4. Vérifiez le calendrier. Ouvrez Calendrier et cochez les jours fériés — le lundi de Pâques 6 avril, le vendredi 8 mai et le pont de l’Ascension pèsent lourd sur un planning de printemps. Les durées se recalculent en jours ouvrés ; les délais réglementaires, eux, restent en jours calendaires.
  5. Ajustez sans tout casser. Décaler et Déplacer proposent Un jour ouvré avant et Un jour ouvré après ; Longueur propose Un jour ouvré de moins et Un jour ouvré de plus.
  6. Contrôlez le résultat. Activez Chemin critique, puis ouvrez Tableau pour relire les colonnes Après, Début, Fin et Jours avant diffusion à la maîtrise d’ouvrage.

Un comportement qu’il vaut mieux connaître : ajouter un lien ne peut que repousser une tâche, jamais la ramener en arrière. Le calcul est « tel que posé » — une tâche démarre à la plus tardive des deux dates : celle où vous l’avez placée, et celle qu’autorisent ses prédécesseurs. Reliez une tâche dont la barre est déjà bien après son prédécesseur et rien ne bouge ; l’écart reste. C’est volontaire : une barre que vous avez posée pour une raison précise ne doit pas être tirée en arrière par un lien ajouté pour les besoins d’un reporting. Pour compacter l’ensemble, utilisez Replanifier : la commande ignore l’endroit où les tâches liées ont été posées et ramène chacune à la première date que ses prédécesseurs autorisent, en laissant les tâches non reliées servir de points d’ancrage.

Un lien doit décrire une contrainte réelle, pas une préférence. « Nous préférons faire B après A » est un choix d’ordonnancement et se traduit par l’ordre des lignes. « B ne peut pas démarrer tant que A n’est pas fini » est une antériorité. Un planning saturé de liens du premier type ne se replanifie plus : chaque date est tenue par quelque chose qui n’a jamais été obligatoire, et plus personne ne sait quels liens portent réellement le chantier.

Questions fréquentes

Quels sont les quatre types de liens dans un diagramme de Gantt ?

Fin-Début (FD), Début-Début (DD), Fin-Fin (FF) et Début-Fin (DF). Le Fin-Début couvre la grande majorité des antériorités réelles ; le Début-Fin est rare, et beaucoup de plannings parfaitement corrects n’en contiennent aucun.

Quelle différence entre une avance et un décalage ?

Un décalage est un temps d’attente ajouté au lien : FD + 7 jours fait démarrer le successeur sept jours après la fin du prédécesseur, par exemple pour un séchage de chape. Une avance est un décalage négatif, qui fait chevaucher les deux tâches. Un décalage est du temps engagé, pas de la place disponible : on ne le récupère pas parce qu’on est en retard.

Un décalage se compte-t-il en jours ouvrés ou en jours calendaires ?

Cela dépend de sa nature. Une durée de travail se compte en jours ouvrés ; un délai imposé se compte en jours calendaires — séchage d’une chape, délai de recours des tiers de deux mois après affichage du permis de construire, préavis contractuel. Confondre les deux fabrique deux à trois jours d’écart par lien, et ces écarts s’additionnent.

Quelle différence entre marge totale et marge libre ?

La marge totale est le retard qu’une tâche peut prendre avant que la fin du projet ne bouge ; la marge libre, avant que son propre successeur ne bouge. La marge totale est partagée le long d’une chaîne : trois tâches affichant chacune huit jours n’en ont pas vingt-quatre entre elles.

Quel type de lien utiliser par défaut ?

Le Fin-Début. Si un autre type semble indispensable, vérifiez d’abord le découpage des tâches : un type inhabituel est souvent le symptôme d’une tâche qu’il fallait couper en deux.

Que deviennent mes dates quand j’ajoute un lien dans gantts.app ?

Un lien ne peut que repousser une tâche, jamais la ramener plus tôt : elle démarre à la plus tardive des deux dates, celle où vous l’avez posée et celle qu’autorisent ses prédécesseurs. Utilisez Replanifier pour compacter les tâches à la première date légale.

Modèles qui utilisent ceci

Cet article est également disponible en anglais.

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